Récit de vie

Quand j’accompagne à l’écriture d’un récit de vie je m’adapte à la demande. Pour J,  j’ai retranscrit  à l’ordinateur ses cahiers manuscrits, et ensemble nous avons  décidé de la structure de son texte, suite à des relectures à voix haute.
J’ ai souhaité  aussi ajouter des photographies de sa famille et de ses peintures.

Extrait de son  récit de vie :

Enfance

J’ai raté ma vie, je crois que maman m’y a aidée.

Une veille de Pâques, un 15 Avril 1922, je suis née dans une jolie école d’une petite ville baignée par la Charente. Mon arrière grand-père JD qui habitait C à ce moment là est venu voir le bébé, à pied, plus de 20 kilomètres et à son retour il a dit : « c’est une fille et elle est jolie ».

Je ne l’ai certainement pas entendu, mais on me l’a répété et cela fait du bien d’avoir des compliments.

Je n’en ai pas beaucoup de souvenirs- on s’occupait plus de ma sœur- elle était chétive, elle ne poussait pas. Le docteur C venait pour ma sœur et sa colibacillose, pour papa avec sa bronchite et son emphysème. Il avait une barbe noire, grand et fort, il était très gentil- il m’attrapait par « la peau du ventre » sans doute par mon tablier et me faisait tomber sur le lit en disant : « tu chantes et tu ris tout le temps- qu’est-ce qu’il aura de la chance celui qui t’épouseras »…

Elle n’était pas trop tendre maman. Un jour elle m’a avoué :  » J’étais heureuse avec ton papa, il me suffisait. Je n’avais pas besoin de toi ! » Alors, et ma sœur L qui est arrivée 3 ans plus tard !

Ce n’était pas elle qui s’occupait de nous, c’était surtout mémé C. Maman très intelligent, très cultivée, très artiste, était assez prise par sa classe, ses dentelles, sa couture, ses livres.

Je ne sais pas à quoi tient la vie. Maman nous a dit un jour : « Tu sais je n’avais pas besoin de toi, j’avais ton papa ». C’est vrai qu’ils s’entendaient bien et lorsque papa a voulu quitter M pour la campagne, elle a accepté et nous nous sommes installés à S un adorable village au bord du A. L’école semblait partager le village en deux, la partie basse avec le pont, ses quelques commerces : épicerie, couturière, le pressoir et la pompe à eau.

Et la partie haute avec ses cultivateurs et sa grande Eglise avec les souterrains qui abritaient les chauves-souris.

Pour l’eau nous descendions la côte avec deux seaux pour les ramener à la maison, et ce n’était pas facile, pour remplir une baignoire il fallait les remonter pleins.

J. Paris 2012

Avec une formation en  récit de vie par Danielle Desmarais et à j’accompagne les personnes  à se raconter et à transcrirent leurs récits afin qu’elles  se réapproprient leur histoire.

Pour citer Corinne Chaput Lebars :

« Souvent, nous intégrons une image de soi que les autres nous ont donné. Comme il s’agit la plupart du temps d’évènements difficiles on va également faire ressortir les forces, et les ressources pour ne plus subir et sortir de la victimisation.

Le récit de vie concerne les souvenirs accessibles à la mémoire, sachant que plus on écrit plus des souvenirs peuvent réémerger. » Corinne Chaput-Lebars

Il peut être individuel, comme celui de Mm J âgée de 80 ans qui voulait laisser un témoignage pour sa fille, ou collectif. C’est une approche qui permet de  cheminer vers ses projets quelque soit le niveau de l’illettrisme.

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